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normalisation ooxml : comment microsoft a convaincu l’iso

Analyse - Procédure accélérée, document non finalisé pour le vote, opérations de lobbying… Microsoft aura exploité tous les recours possibles pour que les pays membres de l’ISO inversent leur vote initial et acceptent que l’OOXML devienne une norme.

Malgré un démarrage de procédure défavorable et un feu nourri de critiques contre lui, le format de document Office Open XML (OOXML) va finalement obtenir le statut de norme auprès de l’Organisation internationale de normalisation (ISO). Comment Microsoft a-t-il réussi à remporter cette validation qui place désormais son format au même niveau que le concurrent ODF, certifié ISO depuis 2006 ?

D’abord en exploitant tous les recours que lui offrait la procédure de normalisation. Ainsi l’OOXML n’a pas été présenté par Microsoft à l’ISO mais par l’Ecma, association d’industriels du secteur, mandatée par l’éditeur de Redmond. Lequel a fourni un premier texte présentant son format, auquel l’Ecma a ensuite apporté une légère contribution. Les deux acteurs sont restés partenaires durant toute la procédure qui a débuté en 2006.

En septembre dernier, la proposition initiale a été recalée, au motif que le texte était entaché de trop grandes zones d’ombres. L’Ecma et Microsoft ont alors répondu à l’ensemble des commentaires, même si, comme certains acteurs le soulignent, les réponses étaient parfois extrêmement succinctes. Ils ont suivi les remarques des différents membres de l’ISO et formulé des promesses sur la réorientation de leur projet.

Des promesses seulement, car toutes les modifications n’étaient pas inscrites dans le document final lors du vote du week-end dernier. Ce vote s’est donc fait aussi sur des promesses. Cela n’est pas irrégulier, mais, certains acteurs comme l’Aful (1) déplorent que le suffrage n’ait pas été réalisé à partir d’un texte complet. Aujourd’hui, ce document est finalisé, nous a assuré Microsoft.

Séparation de la norme en deux volets

Au final, le dossier a été bouclé en moins de deux ans, ce qui est plutôt court. Mais Microsoft avait opté pour une procédure accélérée, jugée d’ailleurs un peu trop rapide par certains organismes de normalisation, dont l’Afnor (2) en France. « Il faut se donner plus de temps pour ce type de dossier. Le processus de normalisation accéléré n’est pas le mieux adapté pour étudier des documents de plusieurs milliers de pages », a déclaré lors d’une conférence téléphonique Olivier Peyrat, DG du groupe Afnor. Le document de Microsoft fait environ 3 000 pages.

Contacté par ZDNet.fr, Microsoft France a indiqué que son meilleur atout aura été d’accepter les évolutions techniques demandées, à commencer par la séparation de la norme en deux volets distincts. « Nous avons mis à part tout ce qui concernait les fonctions transitionnelles, c’est-à-dire permettant d’adapter le plus fidèlement possible en OOXML un document réalisé dans les anciens formats d’Office », explique Bernard Ourghanlian, directeur technique de l’éditeur.

En clair, Microsoft a accepté de mettre de côté ce qui était étroitement lié à ses technologies propriétaires héritées des anciennes versions de MS Office. Auparavant, les références à ces fonctions dites « dépréciées » étaient réparties tout le long du texte de la norme. Réunies dans un chapitre unique (le chapitre IV), elles pourront être gardées ou même retirées des futures évolutions de la norme, car il s’agit d’un chapitre optionnel, précise-t-on chez Microsoft France.

Cette séparation est également mise en avant par l’Afnor pour expliquer son choix de passer du non à l’abstention pour la validation finale. « Il y a d’un côté le coeur de la norme, baptisé "OOXML Strict" et de l’autre "OOXML Transitional", qui est optionnel. Cette clarification est très positive », a déclaré Frédéric Bon, président de la commission de normalisation Afnor.

Une lettre du P-DG de Microsoft à l’Afnor

Enfin, Microsoft a fait de nombreuses opérations de lobbying pour voir accéder son format au rang de norme ISO. « Tout le monde fait du lobbying y compris nos concurrents, mais je suis convaincu que les commission de normalisation ont pris leur décision en toute indépendance », tient à souligner Bernard Ourghanlian.

Reste que quelques jours avant la décision finale de l’Afnor, Éric Boustouller, P-DG de Microsoft France, a adressé une lettre à l’organisme pour faire pencher la balance. Il y promet que la firme de Redmond participera à un groupe de travail dédié à l’interopérabilité d’OOXML et du format concurrent ODF. Microsoft s’y engage également à supporter toutes les évolutions prochaines de l’OOXML ISO.

Selon l’Afnor, cette lettre est un des « nouveaux éléments » qui ont participé au changement de position de la France ; en plus du soutien de HP en faveur de la normalisation d’OOXML et de celui de Patrick Durusau, un des responsables du développement d’ODF.

(1) Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres (2) Association française de normalisation

Par Christophe Guillemin

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